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Guides, conseils et astuces pour piloter votre activité avec sérénité.
Benjamin Plateau · 11 min · Dernière mise à jour le

Résumé de l’article
Les soldes intermédiaires de gestion décomposent la formation du résultat pour mieux comprendre la performance d’une entreprise.
Les 8 SIG permettent d’analyser chaque niveau de rentabilité, de la marge commerciale ou production jusqu’au résultat net.
Leur calcul en cascade s’appuie sur les données du compte de résultat selon la méthode du PCG ou les retraitements de la Banque de France.
Les ratios de marge, de valeur ajoutée et d’EBE facilitent la comparaison des performances entre exercices et avec les références sectorielles.
Depuis 2025, le règlement ANC 2022-06 modifie plusieurs éléments du tableau des SIG, notamment le traitement des cessions d’immobilisations.
Votre compte de résultat affiche un bénéfice, mais vous ne comprenez pas d'où vient votre performance ? C'est souvent le signe que le résultat net seul ne suffit pas à piloter une entreprise. Les soldes intermédiaires de gestion apportent une lecture plus fine : ils décomposent la formation du résultat étape par étape, de la marge commerciale à l'EBE, pour identifier précisément où se créent et où se perdent vos richesses.
Quels sont précisément les 8 indicateurs à connaître ? Comment les calculer et les interpréter ? Vous découvrirez dans cet article tout ce qu'il faut savoir pour maîtriser vos soldes intermédiaires de gestion.
Les SIG sont des indicateurs construits à partir du compte de résultat d'une entreprise. Concrètement, ils réorganisent l'ensemble des produits et des charges en niveaux successifs pour expliquer, étape par étape, comment se forme le résultat final. Là où le compte de résultat liste, le tableau des SIG explique.
En pratique, leur établissement n'est pas obligatoire selon le Plan Comptable Général. Pourtant, banques, investisseurs et experts-comptables les utilisent systématiquement : une demande de financement ou un business plan sans tableau des SIG est rarement pris au sérieux.
Pour le dirigeant, c'est avant tout un outil de décision. La gestion est un outil d'analyse qui permet de repérer immédiatement à quel niveau de l'activité se situe un problème de rentabilité et d'agir en conséquence.
Le résultat net est un solde global : il agrège des éléments très différents, courants et exceptionnels, sans les distinguer. Un bénéfice peut ainsi masquer une rentabilité opérationnelle fragile, et une perte peut cacher une activité saine pénalisée par un élément exceptionnel. Les SIG corrigent précisément ce biais en isolant chaque niveau de performance.
Concrètement, ils permettent de :
Identifier à quel stade de l'activité se situe un problème de rentabilité ;
Comparer les performances entre exercices (N vs N-1) pour mesurer une évolution réelle ;
Confronter ses ratios aux données sectorielles de la Banque de France ;
Préparer un business plan solide ou appuyer une demande de financement.
Autre atout non négligeable : les SIG s'appliquent quel que soit le statut juridique de l'entreprise (SARL, SAS, entreprise individuelle).
Les SIG débutent par deux soldes distincts selon le type d'activité de l'entreprise.
La marge commerciale concerne les entreprises commerciales et les commerçants : elle mesure la rentabilité brute des ventes de marchandises, après déduction du coût d'achat.
Marge commerciale = Ventes de marchandises − Coût d'achat des marchandises vendues
La production de l'exercice s'applique aux entreprises industrielles et de services. Elle agrège la marge de production issue de l'activité réelle :
Production de l'exercice = exercice production vendue +/− production stockée + production immobilisée
Ces deux soldes ne se cumulent pas : chaque entreprise calcule l'un ou l'autre selon son activité principale.
Résultat : une marge commerciale production élevée indique une bonne maîtrise des achats et du prix de vente. À l'inverse, un taux de marge faible calculé via (marge commerciale/chiffre d'affaires) × 100 signale un problème à corriger en priorité.
Une fois la marge commerciale ou la production de l'exercice calculée, on détermine la valeur ajoutée, l'un des indicateurs les plus révélateurs de la santé d'une entreprise.
VA = Marge commerciale ou Production de l'exercice − Consommations de l'exercice en provenance de tiers
Les consommations en provenance de tiers regroupent toutes les charges externes : énergie, sous-traitance, loyers, frais de transport. Autrement dit, tout ce que l'entreprise achète à l'extérieur pour produire. Plus ces consommations sont élevées, plus la dépendance aux fournisseurs est forte et plus la VA se réduit.
Concrètement, la valeur ajoutée sert à rémunérer quatre parties :
Les salariés, via les charges de personnel ;
L'État, via les impôts et taxes ;
Les financeurs, via les charges financières ;
La société elle-même, via l'autofinancement.
C'est aussi la base de calcul de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), un impôt local progressivement supprimé : sa disparition définitive est prévue au 1ᵉʳ janvier 2030 selon la loi de finances pour 2025.
Parmi tous les indicateurs des SIG, l'excédent brut d'exploitation est celui que les banques scrutent en premier. Et pour cause : il mesure la rentabilité opérationnelle brute de l'activité, avant toute politique de financement et avant amortissements. C'est la performance pure de l'entreprise, débarrassée de ses choix comptables et financiers.
EBE = Valeur ajoutée + Subventions d'exploitation − Impôts et taxes − Charges de personnel
L'EBE est l'équivalent français de l'EBITDA anglo-saxon : un repère universel pour comparer des entreprises entre elles, quel que soit leur mode de financement.
Son interprétation est directe : un EBE positif signifie que l'activité génère de la trésorerie avant amortissements. Un EBE négatif, en revanche, constitue un signal d'alerte grave : l'activité consomme plus qu'elle ne produit, indépendamment de tout effet comptable.
En pratique, les établissements bancaires analysent systématiquement le ratio Dettes financières/EBE pour évaluer la capacité de remboursement d'une entreprise.
💡 À savoir : un EBE insuffisant peut bloquer une demande de financement même si le résultat net est positif. C'est l'EBE et non le bénéfice qui détermine la capacité de remboursement aux yeux des banques.
Les quatre derniers soldes affinent progressivement l'image financière de l'entreprise, en intégrant des éléments de plus en plus éloignés de l'activité courante.
Le résultat d'exploitation (REX) part de l'EBE et intègre les dotations aux amortissements, les provisions et les reprises. Il évalue la performance réelle après dépréciation des actifs, un indicateur plus prudent que l'EBE.
Le résultat courant avant impôt (RCAI) ajoute l'impact de la politique financière : produits financiers et charges financières. Il révèle concrètement le coût de l'endettement sur la rentabilité opérationnelle.
Le résultat exceptionnel isole les éléments non récurrents. Depuis 2025 (règlement ANC 2022-06), il est réservé aux événements majeurs et inhabituels : expropriation, catastrophe, désengagement stratégique. Les cessions d'immobilisations en sont désormais sorties et intégrées au résultat d'exploitation.
Le résultat net est le solde final, après déduction de la participation des salariés et de l'impôt sur les bénéfices.
Un REX positif associé à un résultat net négatif indique que les charges financières ou l'impôt absorbent entièrement la rentabilité opérationnelle : une situation à corriger en priorité.
Le calcul des soldes intermédiaires de gestion repose sur un principe simple : chaque SIG s'appuie sur le solde précédent pour construire le suivant. C'est le principe de la cascade : on part de l'activité brute pour descendre progressivement jusqu'au résultat net, en intégrant à chaque étape de nouvelles charges ou de nouveaux produits.
Autre caractéristique essentielle : l'ensemble des postes du compte de résultat est utilisé. Aucun élément n'est laissé de côté. Chaque ligne trouve sa place dans le tableau des SIG.
En France, deux méthodes coexistent. La méthode du Plan Comptable Général (PCG) est la référence pratiquée par les experts-comptables pour la grande majorité des entreprises. La méthode de la Banque de France prévoit des retraitements supplémentaires pour homogénéiser les données entre entreprises et faciliter les comparaisons sectorielles.
Pour rendre le calcul concret, prenons l'exemple de Martin Distribution, une PME de négoce réalisant 500 000 € de chiffre d'affaires annuel. Ses données :
Achats de marchandises : 320 000 € ;
Charges d'exploitation externes (consommations provenance de tiers) : 45 000 € ;
Charges de personnel : 80 000 € ;
Dotations aux amortissements : 15 000 € ;
Charges financières : 8 000 € ;
IS : 7 800 €.
Voici son tableau des SIG complet, calculé en cascade :
Le calcul en cascade apparaît clairement : chaque solde découle du précédent, sans qu'aucun poste du compte de résultat ne soit oublié. Martin Distribution affiche un EBE de 55 000 € (soit 11 % du chiffre d'affaires) et un résultat net de 24 200 €. Ces chiffres sont-ils bons ou insuffisants ? C'est précisément ce que l'analyse des SIG va permettre de déterminer dans la section suivante.
Calculer les SIG ne suffit pas : il faut les interpréter. Pour cela, chaque solde peut s'exprimer en pourcentage du chiffre d'affaires grâce à une formule simple : (SIG / CA HT) × 100. On obtient alors des ratios comparables d'un exercice à l'autre et d'une entreprise à l'autre.
Appliqués à Martin Distribution, les trois ratios clés donnent :
Taux de marge commerciale : 180 000 / 500 000 × 100 = 36 %, mesure la rentabilité des achats de marchandises ;
Taux de valeur ajoutée : 135 000 / 500 000 × 100 = 27 %, mesure la richesse créée en interne ;
Taux d'EBE : 55 000 / 500 000 × 100 = 11 %, mesure la rentabilité opérationnelle brute.
Ces chiffres n'ont de sens que mis en perspective. La Banque de France publie chaque année ses ratios sectoriels par code NAF : comparer ses taux à ces références permet d'évaluer objectivement sa performance face au marché. Un taux de marge en baisse d'un exercice à l'autre, lui, signale immédiatement un problème de prix de vente ou de coût d'achat à corriger.
💡 À savoir : les ratios sectoriels de la Banque de France sont accessibles gratuitement sur son site. Ils constituent une référence précieuse pour obtenir une vision claire de sa position concurrentielle.
La méthode PCG présente une limite : deux entreprises du même secteur peuvent afficher des SIG très différents simplement parce que leurs choix comptables diffèrent. Pour rendre les comparaisons homogènes, la Banque de France prévoit cinq retraitements.
Ces retraitements modifient mécaniquement la valeur ajoutée, l'EBE et le résultat d'exploitation. Ils s'appliquent principalement dans le cadre d'une analyse comparative sectorielle ou d'une demande de financement bancaire.
Le tableau des SIG s'arrête au résultat net mais ce résultat ne se traduit pas toujours en trésorerie réelle. C'est précisément là qu'intervient la capacité d'autofinancement (CAF) : elle mesure le flux de trésorerie potentiel généré par l'activité, en ne retenant que les opérations encaissables et décaissables.
Deux méthodes permettent de la calculer :
Méthode soustractive : CAF = EBE + produits encaissables − charges décaissables
Méthode additive : CAF = Résultat net + Dotations aux amortissements − Reprises − Plus-values de cession + Moins-values de cession
Pour Martin Distribution, la CAF se calcule à partir de ses 24 200 € de résultat net, augmenté des 15 000 € de dotations aux amortissements : soit 39 200 € de trésorerie potentielle disponible pour financer ses investissements ou rembourser ses capitaux empruntés.
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, les soldes intermédiaires de gestion ont évolué. Le règlement ANC n°2022-06 (dont les dispositions s'appliquent aux exercices ouverts à compter de cette date) modifie en profondeur la structure du tableau des SIG.
Trois changements majeurs sont à connaître :
Ces modifications ne sont pas anodines pour le dirigeant. L'EBE et le résultat d'exploitation sont désormais calculés différemment, ce qui peut faire varier les ratios bancaires et potentiellement impacter les covenants de prêts professionnels. Un covenant fixé sur un EBE calculé selon les anciennes règles peut ainsi ne plus être respecté avec les nouvelles, sans que la performance réelle de l'entreprise ait changé.
Pour accompagner cette transition, le CNOEC (Conseil National de l'Ordre des Experts-Comptables) a publié un nouveau modèle de tableau des SIG adapté aux règles issues du règlement ANC nᵒ 2022-06.
Calculer ses soldes intermédiaires de gestion, interpréter son EBE, préparer un tableau des SIG conforme au règlement ANC 2022-06… Ces sujets demandent du temps et une maîtrise comptable solide.
Chez Clementine, un expert-comptable dédié analyse vos SIG à chaque clôture, vous explique ce qu'ils révèlent sur votre rentabilité et vous accompagne dans vos décisions financières. Vous gagnez en clarté : sans jargon, sans mauvaise surprise.
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La marge commerciale, la production de l'exercice, la valeur ajoutée, l'excédent brut d'exploitation (EBE), le résultat d'exploitation, le résultat courant avant impôt, le résultat exceptionnel et le résultat net.
Rédigé par :
Fort de 8 ans d’expérience en gestion comptable et management, Benjamin partage sa vision opérationnelle pour optimiser les processus et la performance des organisations.
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